La primatologie culturelle récapitule l’anthropologie culturelle. Dans les années 1980, au moment même où nombre d’anthropologues culturels abandonnaient le concept de culture, en particulier aux États-Unis, les ethnographes des chimpanzés l’adoptèrent pour décrire les variations comportementales des communautés de grands singes vivant dans des espaces géographiquement distincts. Tout comme leurs collègues en sciences humaines qui en avaient fait l’expérience depuis plus d’un siècle, ils avaient eu peur d’être arrivés trop tard : au mieux, allaient-ils pouvoir documenter ces cultures sur le déclin alors que la sixième extinction de masse était en train d’éradiquer les communautés les unes après les autres. Cet article brosse un portrait de l’ethnographie des chimpanzés comme une primatologie de sauvetage dont l’objet est de décrire la diversité des cultures sauvages. Tandis que les anthropologues évolutionnistes essaient de comprendre notre place dans l’histoire naturelle, il nous faut de même inventer de nouvelles manières de raconter cette histoire et de regarder en face le succès sauvage de l’espèce humaine.